item3
    Spa

Accueil

10 septembre 1944

 

LES AMERICAINS SONT A MARTEAU !

© GP, La Vie Spadoise & éd. J'Ose

 

Soixante ans après, il n'est pas facile de reconstituer dans le détail les tout premiers moments de la Libération de la ville. Les souvenirs se sont embrumés. Les dates et les heures se mêlent un peu.

Deux Spadois, MM. André Antoine et Henri Bleuart sont, pour des raisons différentes, des informateurs privilégiés: le premier, un peu par hasard, comme on va le voir; le second, parce que sa famille résidait à l'endroit-clé, c'est-à-dire à Marteau.

Le 10 septembre, à 6 heures du matin, ce ne sont pas deux ponts, mais trois (et peut-être quatre) que les Allemands dynamitent à Marteau. Le pont qui enjambe le Wayai est rendu impraticable, le pont ferroviaire est sérieusement ébranlé et un petit pont, situé derrière "Spabois" [aujourd'hui "Hubo"] est détruit. Quelques Allemands attardés seront contraints de passer à gué un peu plus tard.

Deux coups de téléphone —l'un de Winamplanche, l'autre de Marteau— préviennent assez vite André Antoine, alors chef du service des Eaux de la Ville, de la carence totale d'eau dans les conduites du secteur. Aussitôt, M. Antoine se rend à pied, par l'avenue Reine Astrid, vers Marteau. Il remarque, chemin faisant, un peu au-delà de la Fagne Raquet, que le sol de l'avenue a été remué par places, plus ou moins en quinconce. Sans nul doute, les Allemands ont disposé des mines pour gêner la poursuite des Forces Alliées. André Antoine continue prudemment sa route jusqu'au pont routier où il constate la cause de l'avarie: la conduite d'eau est rompue.

Alors qu'il inspecte les dégâts depuis cinq minutes et qu'il envisage la fermeture des vannes, des bruits de moteur et de chenilles attirent son attention: les premiers Américains, tant attendus, sont là... Ils approchent du carrefour et semblent prendre la direction de l'avenue Astrid. André Antoine leur fait signe de stopper.Il s'approche du premier véhicule immobilisé pour signaler que la route est minée à quelques centaines de mètres. L'obstacle peut être évité, ajoute-t-il, en prenant le premier chemin à gauche sur la route de Winamplanche.

Pendant que cette brève conversation a lieu, les habitants de Marteau, on l'imagine, accourent vers les blindés ronflants qui se sont agglutinés. L'un de ces habitants, M. Capiau, sous-officier au 1er Lanciers (ses parents tenaient le café de Marteau), conseille également aux Américains de passer sur le petit pont à côté de la villa Rondoz. Par la Vecqueterre et la Fagne Raquet, ils se retrouveront rapidement sur l'avenue Reine Astrid.

L'arrêt a été bref. Déjà les véhicules ont fait un quart de tour et s'ébranlent par la route de Winamplanche. Cent mètres plus loin, ils s'engagent sur le vieux pont qui enjambe l'Eau Rouge. En tête de la colonne, une voiture que ni M. Antoine ni M. Capiau n'ont remarquée: elle est conduite par un autre Spadois, Robert Paquay, accompagné par M. Hanlet (de Verviers). Les deux hommes guident les Libérateurs depuis Forêt-Trooz.

Quand André Antoine regagne Spa, c'est une ville pavoisée et en délire qu'il retrouve. Les premiers Américains l'ont déjà traversée en direction de la Sauvenière. Pour eux, la guerre est loin d'être finie...

Jour et nuit, le Génie américain va s'acharner à réparer les ponts de Marteau. Pendant les premiers moments, les Américains ont d'ailleurs découvert un quatrième pont sur le Wayai, un pont à peu près intact qui, moyennant l'escalade du talus du chemin de fer, les mène à l'entrée de la promenade Reickem.

Bientôt la circulation routière est rétablie sur la route principale. Les véhicules passent sous le pont du chemin de fer que les techniciens sont encore en train de découper au chalumeau. Ce qui n'est pas sans danger: un camion d'essence prendra feu après son passage, et les habitants de Marteau se souviennent encore d'avoir vu le conducteur —heureusement indemne— pleurer au bord de la route. Ils se souviennent aussi d'avoir vu là le premier bulldozer de leur existence, enlevant un mètre de terre sous le pont ferroviaire pour permettre aux véhicules les plus hauts de passer sans encombre.

Une bonne dizaine d'années après ces événements, dans les années 1950, une automobile allemande s'arrête devant le garage de M. Bleuart. Le client demande le plein d'essence, et puis, candidement, il explique que le 10 septembre 1944, il était parmi les dynamiteurs du pont...

 

Guy Peeters

 

© GP & Georges Spailier, Spa, pages d'histoire d'hier et d'aujourd'hui, J'Ose, 1988, p. 28-29

Sur la libération de Spa, voir le site de John Cobble.“

“Troop "C" passed through Spa delayed only by blown bridges and sporadic fire.“