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Sortie le 24 février 2017

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L’entrée des Allemands à Spa le 4 août 1914 à 10 heures

UN TÉMOIGNAGE PLEIN D'INTERET

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Spa, 19 mai 1927-29 août

 

Je connaissais Guy Jacque depuis près de 60 ans, c’est-à-dire aussi loin que peut remonter ma mémoire.

A chacune de nos rencontres, nous nous rappelions nos souvenirs communs, toujours avec le même plaisir et avec la même nostalgie !

 

Aujourd’hui qu’il n’est plus, je ne peux que vous dire à vous, ses proches et ses amis, ce qu’il fut à mes yeux et quelle image j’en garderai toujours.

 

Nous nous traitions de “cousins”. En réalité, nous ne l’étions que bien lointainement. Le père de Suzanne Falize, Maurice, était le cousin germain de mon grand-père. Mais qu’importe : les liens du cœur sont aussi forts que les liens du sang, et parfois bien plus.

 

Dans les années 1950-1960, Guy Jacque travaillait au garage Paquay, et chaque jour de la semaine, pour éviter de remonter jusqu’à la promenade d’Orléans, il venait déjeuner chez ma grand-mère, rue Brixhe. Je le revois encore, coiffé alors d’un bérêt et vêtu d’une salopette qui sentait le cambouis. Toujours souriant, il bavardait à propos de tout et de rien, tout en mangeant ses tartines qu’il trempait dans une assiette de soupe. Il buvait une jatte de café et puis, il repartait vers son boulot au boulevard des Anglais.

De notre côté, chaque samedi, ma grand-mère et moi-même, nous montions vers la promenade d’Orléans où, avec Suzanne et Maurice, Guy nous accueillait chaleureusement à sa table. Il était attentif aux dernières nouvelles de chacun, et —tantôt en français tantôt en wallon — la conversation ne tarissait jamais. Souvent, avant ou après le repas, nous faisions une longue halte dans son jardin ou une promenade dans les bois de l’Orléans ou du Soyeureux. En fin de soirée, il nous déposait à Spa, avec le panier de légumes tirés de son potager. Jamais, en effet, on ne ressortait de chez lui les mains vides, alors qu’il interdisait, avec bonhomie, qu’on ne lui offre quoi que ce soit.

 

Guy aimait rendre service —tous ses amis le savent. Même, il aimait faire plaisir à ceux qu’il connaissait peu et qu’il surprenait par sa gentillesse.

Ces dernières années, il est arrivé que je l’accompagne dans des commerces, chez Delhaize ou ailleurs. A chaque fois, avant de quitter le magasin, il tirait de sa poche quelques petites chiques qu’il glissait discrètement dans la main des caissières. Celles-ci avait fini d’ailleurs par le surnommer aimablement “l’homme aux chiques”.

Guy était bien plus préoccupé des autres que de lui-même. A la fin de chaque conversation téléphonique —et il en recevait beaucoup—, Guy, même malade, lançait : “Que tout aille bien pour toi et pour les tiens !

 

De lui, il parlait peu. Parfois, il évoquait quelques souvenirs de sa jeunesse à Préfayhay aux côtés d’un grand-père adoré, qu’il disait plein de savoir et bon sens. Guy Jacque se souvenait aussi de son engagement, à 16 ans, comme percepteur du tram Spa-Verviers, puis comme mécanicien à la SNCV et ensuite au garage Cartigny de Verviers. Il racontait plus volontiers les voyages en France qu’il avait faits, dans les années 1950-1960, avec son épouse et son beau-père. A bord d’une Citroën, cela va sans dire; il n’a jamais voulu d’autre voiture. La France, il l’avait sillonnée en tout sens. Et Suzanne, plus que lui encore, était intarissable sur ces voyages, —entre autres, sur les châteaux de la Loire qui les avaient émerveillés.

Par contre, Guy était beaucoup plus discret sur sa participation, pendant la guerre, à la Résistance et au trafic d’armes, avec les gars du dépôt de Balmoral. Il la minimisait, en haussant les épaules. Il détestait les faux héros tapageurs.

 

Guy Jacque parlait vrai et il était modeste.

Cependant, en dépit de sa modestie, je m’en voudrais de ne pas évoquer ici une autre part de sa personnalité.

Guy, qui avait fait de solides études primaires, était un self made man. Déjà en 1943, un des responsables de la SNCV, avait remarqué que le percepteur Guy Jacque était toujours plongé dans des livres de mécanique. Ce responsable bien avisé lui avait proposé d’aller travailler au dépôt de Balmoral. Cela allait décider de toute sa carrière professionnelle.

 

Ce désir d’apprendre et d’accroître son savoir-faire ne l’a jamais quitté. Il y a deux ans encore, il envisageait de s’initier à l’informatique. Aucun domaine ne le laissait indifférent. Tantôt il s’occupait des fleurs, des oiseaux, des techniques de jardinage ou de la langue wallonne; tantôt des vélos, de la mécanique ou du travail du bois. Ses dernières plus grosses dépenses, je crois, ont consisté à équiper son atelier en machines performantes de tout genre, avec l’arrière-pensée qu’il pourrait toujours aider l’un ou l’autre.

Mais il est un domaine particulier vers lequel il s’est davantage tourné encore, particulièrement, dans ces dernières années; je veux parler de l’histoire de Spa, sa ville natale.

 

Peu à peu, Guy s’est constitué une bibliothèque et des archives personnelles d’une grande richesse. Il est devenu aussi un collectionneur hors-pair de cartes postales spadoises. Chaque dimanche, très tôt le matin, il parcourait les échoppes de la brocante du parc de Sept-Heures et, souvent, il dégotait une carte rare ou rarissime qu’il emportait pour un prix dérisoire, —car, face aux marchands, il avait l’art —ce vieux farceur— de se faire passer pour le dernier des “benêts”. Rentré dans son chalet, il posait la trouvaille sur sa table et, armé d’une loupe, il la scrutait à la recherche de quelque détail insolite et révélateur.

Au fil des années, il est ainsi devenu une référence dans le domaine. La revue Réalités, la revue Histoire et archéologie spadoises ont souvent bénéficié de ses informations. Des étudiants l’ont consulté pour la réalisation de leur mémoire et plusieurs livres se sont enrichis de ses souvenirs et des documents qu’il prêtait généreusement. Le tout récent ouvrage de Georges Henrard, L’épopée d’un tram vicinal, le prouve.

Toutes ses connaissances et tout son savoir-faire, il les a encore mis bien souvent au service du Musée de la lessive. Non seulement, en y restaurant pas mal de machines d’autrefois, mais aussi en y animant de passionnantes visites guidées et en y assurant des gardes.

 

Les années ont passé et j’ai partagé avec Guy Jacques bien des événements familiaux, gris ou tout au contraire lumineux, comme les noces d’Or qui célébraient, en octobre 1998, le 50e anniversaire de son mariage avec Suzanne Falize. C’était à la table des Campinaires à Nivezé.

 

C’est sur cette dernière image que je m’arrêterai : celle de Guy et de Suzanne souriants, heureux d’une longue vie commune et d’un amour partagé.

 

Adieu, cher Guy. Tu ne t’es jamais douté de la place que tu tenais dans nos vies. Sache que tu nous manques et que tu nous manqueras toujours.

 

Guy Peeters

In memoriam

L'ami Guy Jacque s'en est allé le 2 septembre 2012

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