Spa

Alexandre Dumas fils et Marie Duplessis

Les séjours spadois de «la dame aux camélias

© GP et revue "Histoire et Archéologie spadoises"1998- 1999

 

Bien qu'elle n'ait jamais été mentionnée dans la Liste officielle des Etrangers, Marie Duplessis (née Alphonsine Plessis) est venue à Spa avant et après sa liaison avec Alexandre Dumas fils.

En effet, cette aventure qui a inspiré le jeune auteur de La Dame aux Camélias s'est étendue d'octobre 1844 à août 1845, et Marie Duplessis, d'après ses biographes, serait venue à Spa pendant les étés 1843 et 1844 (ou l'une de ces années seulement), et, assurément —Jules Janin l'atteste avec force détails dans la préface qu'il donne au roman—, en juin et en juillet 1846.

Faut-il s'étonner de l'absence d'indications dans la Liste des Etrangers ? Absolument pas. Quand Alexandre Dumas père loge à l'hôtel de l'Orange, du 22 au 23 septembre 1857, l'actrice hongroise Lilla Bulyovski, sa compagne de voyage, occupe la chambre voisine : elle n'apparaît pas davantage dans la liste officielle. Probablement parce que les hôteliers du XIXe siècle, comme ceux d'aujourd'hui, se contentaient de noter un seul nom lorsque plusieurs voyageurs se présentaient ensemble, a fortiori —par discrétion et par «bienséance»—, si ils ne formaient pas un couple officiel.

On peut donc faire l'hypothèse qu'en 1843 Marie Duplessis (19 ans) accompagne le comte Edouard de Perrégaux à l'hôtel de Flandre (Liste des Etrangers n° 18 du 26 août 1843—Hôtel de Flandre, le comte de Pérrégaux, rentier à Paris, 1).

Pourquoi ? Le comte Edouard de Perrégaux l'a rencontrée au bal masqué de l'Opéra en 1842; il l'a installée dans un luxueux appartement de la rue d'Antin; ensuite, ils ont goûté à la vie champêtre à Bougival pendant plusieurs semaines. La phtisie de Marie s'est déclarée en juillet 1842, ce qui a sans doute motivé le séjour des amants à Bade, à la fin de l'été de cette même année 1842. Le séjour de Spa, l'année suivante, est plausible.

Le comte de Perrégaux a plus d'un trait commun avec Armand Duval.

En 1844, les relations de Marie et d'Edouard se sont quelque peu distendues (Marie, très dépensière, ne lui donnait plus l'exclusivité). Une «comtesse Du Plessis» est présente à Spa; un comte de Perrégaux s'y trouve également. Mais les éléments d'identification ne sont pas sûrs.

Jean Prasteau va plus loin : il situe la rencontre de Marie avec le comte Gustave de Stackelberg —un homme de 78 ans— dans la Promenade d'Orléans... Hypothèse très romantique, mais pure hypothèse : la présence de Stackelberg n'est pas attestée, ni en 1843 ni en 1844. En tout cas, ce nouvel amant fortuné installe Marie dans un magnifique entresol du boulevard de la Madeleine à Paris.

En février 1846, Marie s'est mariée à Londres avec le comte de Perrégaux. Faute de publication de bans, le mariage n'est pas reconnu en France. Quatre mois plus tard, en juin, la Compagnie française des Chemins de fer du Nord inaugure la nouvelle ligne Lille-Bruxelles. A cette occasion, un grand bal est donné en gare du Nord à Bruxelles. Une foule de notabilités françaises et belges s'y pressent. Parmi elles, Jules Janin, attaché au journal des Débats et ... Marie Duplessis. N'est-elle pas une reine du tout-Paris ? N'est-elle pas «comtesse» depuis son mariage anglais ?

Quelques jours plus tard, Jules Janin commence un séjour à Spa, lieu qu'il connaît depuis l'année précédente, et il voit arriver «la dame aux camélias». Il racontera les jours qu'elle y a passés dans la préface de 1850. C'est le dernier été de la belle courtisane. De Spa, elle gagne Bade. Quelques semaines encore et elle retourne à Paris où elle ne sortira plus guère de son appartement jusqu'à sa mort, le 3 février 1847.

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Lire La Dame aux Camélias précédée de la prèface de Jules Janin

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© GP "Souvenirs spadois de Marie Duplessis" dans Histoire & Archéologie spadoises n° 93 (mars 1998), n° 97 (mars 1999) et n* 98 (juin 1999)