Les amours spadoises d'Eugénie de Montijo et du duc d'Ossuna (1849)

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"Le 28 juin 1849, sur la liste n° 7 des étrangers de Spa, on lisait : "A l'hôtel de Flandre, rue du Waux-Hall, sont descendus : 1° Madame la comtesse Montijo, rentière à Madrid, avec la comtesse Théba, sa fille; 2° S.E. monseigneur le duc d'Ossuna et de l'Infantado, comte-duc de Benavente."

Le soir, quand les ombres descendaient lentement des montagnes entre lesquelles fuient les eaux de l'Amblève, le promeneur attardé remarquait, dans la vallée sinueuse, un jeune homme et une jeune fille amoureux du silence et du mystère. A voir leurs bras tendrement enlacés, l'échange de leurs regards satisfaits, l'expression de leur bouches frémissantes, on devinait que ce n'était point là un couple de naturalistes, étudiant les caractères géologiques des bandes calcaires ou le plissement des couches perpendiculaires et renversées.

L'une de ces promenades fut poussée jusqu'à la cascade de Coo. Un artiste, du haut des rochers, admirait le magnifique spectacle de l'Amblève, semblable, par ses fuites, à une série de lacs où se miraient les douces étoiles d'un ciel argenté; il aperçut, sur un banc de quartz schisteux, ce que le chevalier de Saint-Aignan nommait "deux personnes au lieu d'une : un beau seigneur groupé avec une belle dame."

Quand l'artiste se rapprocha de la cascade, le banc de schiste était désert; mais deux ombres effarouchées s'en éloignaient; en passant devant elles, notre indiscret rêveur crut reconnaître la jeune comtesse et le jeune duc, dont il avait lu les noms sur la liste n° 7 des étrangers de Spa.

Chacun, du reste, excusait l'intimité des deux amants : "Ils sont fiancés, disait-on; l'hymen, bientôt, légitimera les impatiences et les larcins de l'amour." Ah ! charmante Eugénie, votre habile maman ne vous avait pas encore appris l'histoire d'Anne de Boleyn; si, comme elle, à Henri VIII qui lui demandait le chemin de sa chambre à coucher, vous aviez répondu à votre aimable cousin : "On y arrive en passant par l'église", vous seriez aujourd'hui duchesse d'Ossune et de l'Infantado, comtesse et duchesse de Benavente. Mais l'expérience est un bien qui se paie : vous l'avez acquise au prix de quelques-unes de vos faveurs; la leçon vous a profité; impératrice, vous avez su prendre une revanche heureuse.

Il est vrai que le jour où, pour l'honneur de votre réputation, vous daignâtes consentir aux vœux éperdus et passionnés du soupirant impérial, on osa ressusciter ce quatrain fameux :

Montijo, plus belle que sage,

De l'empereur comble les vœux,

Ce soir, s'il trouve un pucelage,

C'est que la belle en avait deux.

 

Extrait de Histoire satyrique et véritable du Mariage de César par Hypolite Magen 1853, Londres Jeffs, Libraire-Editeur, Burlington-Arcade, 1871, p. 20-21.

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